UCCELLO (P.)

UCCELLO (P.)
UCCELLO (P.)

Uccello est un peintre soucieux avant tout de pousser ses recherches dans une direction scientifique; mais la science sur laquelle il s’appuie, l’optique de son temps, ou perspective , reste essentiellement psychologique; son intellectualisme extrême l’amène à condenser, dans une exécution impeccable et avec un acharnement d’artisan poussé au paroxysme, des aspects de la réalité soigneusement interprétés à la lumière des lois de l’optique; les résultats obtenus frappent par leur caractère fantastique et imaginatif. En un temps qui nous apparaît dominé par l’ordre rationnel d’un Brunelleschi et par les conquêtes de Donatello et de Masaccio, Uccello pourrait se définir comme l’artiste qui, en inscrivant les conceptions antiques dans des formes nouvelles, a ouvert la voie à celui qui a prospecté par le moyen du dessin les vérités de la science: Léonard de Vinci.

Les débuts

Né à Florence, Paolo di Dono, dit Uccello, acquiert sa formation avec Masolino, Donatello et Michelozzo, dans l’atelier de Ghiberti, à une époque où le sculpteur procède aux finitions des reliefs de la première porte du baptistère de Florence. À dix-huit ans, il s’inscrit à l’Art des médecins et apothicaires. Les premières œuvres que nous connaissons de lui, les Épisodes de la Genèse pour la première lunette du Chiostro verde de Sainte-Marie-Nouvelle à Florence, remontent à la troisième décennie du XVe siècle. L’image qu’elles offrent est celle d’un peintre dont le dessin est fortement marqué par la manière de Ghiberti et dont le style pictural se rapproche formellement de celui de Masolino – non sans qu’on relève chez lui un plus grand souci de donner une rigueur géométrique aux formes et un rythme dynamique à la composition. Sont perceptibles aussi les influences exercées par les œuvres florentines de Gentile de Fabriano (1423 et 1425).

La perspective d’Uccello

Uccello séjourne ensuite à Venise de 1425 à 1430, années au cours desquelles Florence assiste à l’explosion soudaine du génie de Masaccio († 1428). Bien que sur le mode négatif, le fait sera déterminant pour Uccello. En effet, quand il quitte Venise pour rentrer à Florence, il se retrouve dans un milieu déjà acquis aux nouveaux principes essentiels de la révolution picturale, posés par Brunelleschi dans la construction perspective avec «points de distance» (perspectiva artificialis ), puis mis en pratique par Donatello dans les reliefs écrasés (rilievi a schiacciato ) de la vieille sacristie de Saint-Laurent, et par Masaccio dans sa Trinité de Sainte-Marie-Nouvelle et dans l’étage inférieur des fresques de la chapelle Brancacci, et enfin, peu de temps après, codifiés en 1435-1436 par Leon Battista Alberti dans son petit traité De pictura . Si le séjour d’Uccello dans le nord de l’Italie l’avait plongé dans l’ambiance du gothique tardif, le fait de se retrouver dans le climat d’émulation de sa ville, à un moment où les discussions et les heurts atteignaient leur point culminant, dut l’amener progressivement à élaborer une conception très personnelle de la perspective. C’est sans doute à cette époque, précisément, qu’appartiennent certaines œuvres pour l’attribution desquelles la critique n’est pas unanime et dont le noyau central est constitué par la première partie des fresques de la chapelle de l’Assomption au Dôme de Prato, auxquels doit s’ajouter la fresque d’un Presepe découverte dans l’église de Saint-Martin-Majeur à Bologne.

D’autres œuvres, probablement de la même époque, telles que les deux petites compositions du Saint Georges du musée Jacquemart-André de Paris et de la National Gallery de Londres, les fresques du cloître de San Miniato, avec les Scènes de la vie monastique , et la Crèche peinte à fresque à San Martino alla Scala à Florence, nous font comprendre ce que le peintre entendait par «perspective». Acceptant les directives de son maître Ghiberti telles qu’il les résumera dans le troisième de ses Commentaires , Uccello renonce aux principes essentiels de la réflexion dans un miroir plan, qui avaient servi à Brunelleschi pour bâtir sa construction perspective, fondement même de la géométrie descriptive, et en vient à reproposer, avec retard, toute la problématique de l’optique (perspectiva naturalis sive communis ) qu’exposaient en détail les traités d’Alhazen (Ibn al-Haytham, XIe s.), Vitelo, Roger Bacon et John Peckham (XIIIe s.), et qui disparut de l’horizon scientifique avec les découvertes de Kepler (1604-1610) et de Galilée (1609). Toutefois, dans cette référence à l’optique, ce n’est pas le système scientifique qui intéresse Uccello, mais le fait que cette science est, entre toutes, «douce et pleine de beauté autant que d’utilité» (Bacon, Opus majus ).

La maturité

Le premier travail monumental du peintre est constitué par la représentation, signée et documentée (1436), du Monument funèbre de Giovanni Acuto (italianisation du nom du célèbre condottiere anglais John Hawkwood, † 1394). Fruit de recherches acharnées, il peut être considéré comme la première solution que la Renaissance a donnée du thème du groupe équestre, dressé dans un équilibre solennel.

C’est de cette époque que doivent dater les trois épisodes de la Bataille de San Romano répartis aujourd’hui entre le Louvre, la National Gallery et les Offices: l’événement historique – important seulement pour ses conséquences politiques – se présente sous les apparences d’un rêve; la bataille qui se déroule dans une paisible campagne lunaire prend l’aspect d’une lutte monstrueuse; les armures aux plaques d’argent, les cimiers, les étendards, les chevaux vus sous toutes sortes de raccourcis donnent lieu à une série illimitée d’intersections dans lesquelles l’œil qui voudrait reconstruire des figures singulières se perd comme dans un labyrinthe.

Si les fresques du cloître du monastère des Anges, que Vasari admirait comme exemple de «grand dessin», sont perdues, il reste cependant, pour apprécier dans sa plénitude l’imagination de l’artiste, la lunette, avec les Scènes de la vie de Noé , ajoutée sur les murs du Chiostro verde quelque vingt années après les Épisodes de la Genèse . La représentation du Déluge universel et retrait des eaux offre une impressionnante fuite perspective dans laquelle les certitudes optiques, bouleversées du fait de la perturbation atmosphérique, donnent lieu à toute une série de «tromperies»: ce sont les deceptiones visus des traités du Moyen Âge, dont le déchiffrement confère à la scène une indicible angoisse protéiforme. En dessous s’étendent les scènes représentant les Sacrifice et ivresse de Noé , plus calmes et plus détendues, mais non dépourvues de suggestions fantastiques: ainsi, la figure qui apparaît en haut, renversée, pourraît être, plutôt que celle de l’Éternel, la figure même de Noé reflétée, par l’effet d’une météorologie imaginative, dans le «miroir concave» de l’arc-en-ciel.

Certains dessins de mazzocchi , sortes de couvre-chefs de bois ou d’osier qui servaient de support à un bonnet et à une écharpe, taillés à facettes (aux Offices), témoignent des exercices de virtuosité du peintre, ce pour quoi, si l’on en croit Vasari, il dut subir les reproches de son ami Donatello. S’obstinant dans cette direction, au moins à partir du milieu du siècle, Uccello s’éloigne toujours plus de la ligne générale de la Renaissance, dont l’humanisme conduisait les artistes à concentrer leur intérêt sur la figure humaine. Il semble, au contraire, attaché à l’idée que la nature l’emporte sur l’homme – un homme qu’il présente chargé de tout le poids de la matière dans la Création (Épisodes de la Genèse au Chiostro verde), renversé par les éléments déchaînés dans le Déluge , transformé en automate dans les Batailles , réduit à l’état de marionnette animée dans les dernières œuvres telles que la Chasse nocturne d’Oxford et les histoires de la Profanation de l’hostie de la Galleria nazionale delle Marche à Urbin.

L’héritage

Uccello meurt à Florence. Son art ne donne pas lieu à imitations et s’éteint avant la fin du XVe siècle dans les œuvres de quelques disciples anonymes. Mais la rigueur altière de sa recherche se retrouve dans l’œuvre de peintre et de théoricien de Piero della Francesca – lequel cependant écarte le goût pour l’irrationnel qui sature l’œuvre tout entière du vieux maître pour admettre le primat d’une rationalité parfaite et statique. En revanche, l’aspect encore médiéval de sa curiosité, de ses recherches et de ses expériences survit et s’affirme consciemment dans l’investigation systématique d’un Léonard. Après une période d’oubli qui s’étend sur le XVIIe et le XVIIIe siècle, on assiste à partir de la fin de ce dernier siècle et jusqu’à nos jours à un renouveau d’intérêt pour Uccello; il fait l’objet de recherches rigoureuses, et, avant même que les érudits ne tentent une explication historique de son style, il est salué avec enthousiasme par les peintres «métaphysiques» italiens et les surréalistes français.

Encyclopédie Universelle. 2012.

См. также в других словарях:

  • uccello — /u tʃ:ɛl:o/ s.m. [lat. tardo aucellus, da avicellus, avicella, dim. di avis uccello ]. 1. (zool.) [nome con cui sono indicati i rappresentanti della classe degli animali vertebrati provvisti di ali: il volo di un u. ; il canto degli u. ]… …   Enciclopedia Italiana

  • Uccello — • Painter, born at Florence, 1397; died there, 1475 Catholic Encyclopedia. Kevin Knight. 2006. Uccello     Uccello     † …   Catholic encyclopedia

  • Uccello —   [ut tʃɛllo], Paolo, eigentlich P. di Dono, italienischer Maler, * Pratovecchio (bei Arezzo) um 1397, ✝ Florenz 10. 12. 1475; Schüler von L. Ghiberti; tätig in Florenz, 1425 30 in Venedig, 1445 in Padua, 1465 68 in Urbino. Sein Interesse galt… …   Universal-Lexikon

  • Uccello — (izg. učȅlo), Paolo (pravo ime P. di Dono) (1397 1475) DEFINICIJA talijanski slikar; poznate slike lova i bitaka (tri epizode iz bitke kod San Romana), uspješno riješeni problemi perspektive i volumena, ubraja se u red najznačajnijih slikara rane …   Hrvatski jezični portal

  • Uccello — (spr. Utschello), eigentlich Mazzocchi, Paolo, geb. 1389 in Florenz; Schüler des Anton Veneziano, malte vorzüglich Vögel sehr gut u. st. 1472 in Florenz …   Pierer's Universal-Lexikon

  • Uccello — (spr. utschéllo, eigentlich Paolo di Dono), Paolo, Maler und Goldschmied, geb. 1396 oder 1397 in Florenz, gest. daselbst 11. Dez. 1475, war zuerst Bildhauer und als solcher Gehilfe von Ghiberti bei der ersten Tür des Florentiner Baptisteriums,… …   Meyers Großes Konversations-Lexikon

  • Uccello — (spr. uttschéllo), Paolo, florent. Maler, geb. 1397, gest. 1475; biblische Fresken in Sta. Maria Novella, auch Schlachtenbilder (Florenz und London) …   Kleines Konversations-Lexikon

  • Uccello — Uccello, Paolo …   Enciclopedia Universal

  • Uccello — (Paolo di Dono, dit Paolo) (1397 1475) peintre et marqueteur italien; de 1425 à 1430 mosaïste à la basilique Saint Marc de Venise. Son sens de la perspective et ses compositions colorées sont étrangement modernes: Bataille de San Romano (1456… …   Encyclopédie Universelle

  • Uccello — Le nom désigne un oiseau en italien. Surnom aux multiples interprétations possibles, il a aussi été utilisé comme nom de personne. C est en Campanie (province de Naples) qu il est le plus répandu, on le rencontre aussi en Sicile. Avec pluriel… …   Noms de famille


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